Dans une étude récente publiée dans ChercheLes chercheurs ont examiné l’impact de la Loi sur le cannabis (CAC) et de la pandémie de maladie à coronavirus 19 (COVID-19) sur les troubles liés à l’usage de substances chez les femmes enceintes au Québec.

Leurs résultats suggèrent qu’après l’adoption du CAC, il y a eu une augmentation significative des troubles diagnostiqués liés au cannabis, tandis que les taux d’autres troubles liés à la drogue et à l’alcool sont restés stables.

Étude : Changements dans les troubles diagnostiqués prénatals liés au cannabis suite à la Loi sur le cannabis et à la pandémie de COVID-19 au Québec, Canada.  Source de l'image : Dmytro Tyshchenko/Shutterstock.comÉtude: Changements dans les troubles diagnostiqués prénatals liés au cannabis suite à la Loi sur le cannabis et à la pandémie de COVID-19 au Québec, Canada. Source de l’image : Dmytro Tyshchenko/Shutterstock.com

arrière-plan

La recherche sur l’impact des lois sur le cannabis à des fins non médicales (NMCL) a examiné diverses caractéristiques et résultats démographiques, mais s’est concentrée de manière limitée sur les femmes enceintes.

Des études antérieures aux États-Unis et au Canada ont documenté une augmentation de la consommation prénatale de cannabis suite à la promulgation de la NMCL.

Les préoccupations portent notamment sur les conséquences négatives de la consommation prénatale de cannabis, telles que l’accouchement prématuré et l’insuffisance pondérale à la naissance, ainsi que sur la nécessité de protéger les populations vulnérables telles que les femmes enceintes.

Bien que certaines recherches suggèrent une consommation accrue de cannabis et les hospitalisations associées dans la population générale, l’impact spécifique sur les troubles liés à la consommation de substances pendant la période prénatale reste flou, particulièrement à l’extérieur de l’Ontario.

De plus, l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la consommation de substances chez les femmes enceintes ajoute à la complexité, certaines études indiquant une consommation accrue de cannabis.

À propos de l’étude

Cette étude a comblé les lacunes existantes en matière de recherche en examinant l’impact du NMCL et de la pandémie sur les troubles liés à la drogue et à l’alcool chez les femmes enceintes au Québec, en utilisant des politiques strictes en matière de cannabis pour fournir des informations.

Plus précisément, à l’aide d’un modèle quasi-expérimental, les chercheurs ont évalué l’impact de la pandémie et de l’entrée en vigueur de la pandémie de CAC sur les troubles diagnostiqués liés au cannabis, à l’alcool et aux drogues chez les femmes enceintes vivant au Québec de janvier 2010 à juillet 2021.

L’étude a utilisé les informations de la base de données du Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec (SSQICQ), qui contient des dossiers de santé complets pour presque tous les résidents du Québec.

Les participantes étaient des femmes enceintes âgées de 15 à 49 ans qui avaient reçu un diagnostic correspondant à l’hôpital ou en ambulatoire.

Les diagnostics ont été classés à l’aide des codes de la Classification internationale des maladies (ICD), en se concentrant sur trois périodes : pré-CAC (2010-2018), CAC (2018-2020) et pandémie de COVID-19 (2020-2020).

Les taux de prévalence mensuels pour 100 000 femmes enceintes ont été calculés pour chaque catégorie de troubles. L’analyse a utilisé des termes de Fourier et des tendances temporelles pour remédier aux biais potentiels dans les données des séries chronologiques. L’analyse a pris en compte les décalages, la saisonnalité et les tendances temporelles.

Des modèles de régression basés sur des distributions binomiales négatives avec ajustements pour l’autocorrélation et la saisonnalité ont été utilisés pour analyser les données.

Les résultats ont été présentés sous forme de ratios de taux d’incidence (IRR) et d’intervalles de confiance (IC) à 95 %. Des erreurs standard robustes ont été appliquées et les valeurs réelles et prédites ont été comparées dans des graphiques de séries chronologiques.

Résultats

L’étude a analysé 2 695 diagnostics de troubles liés à la drogue (excluant le cannabis), 1 920 troubles liés au cannabis et 833 troubles liés à l’alcool chez des femmes enceintes au Québec de janvier 2010 à juin 2021.

Les taux d’incidence mensuels moyens standardisés selon l’âge étaient de 29,4, 17,4 et 10,9 pour 100 000 femmes enceintes. Avant le CAC, l’incidence mensuelle des troubles liés au cannabis augmentait significativement de 0,5 %, tandis que les troubles liés à la drogue et à l’alcool restaient stables.

À la suite du CAC, il y a eu une augmentation de 24 % des diagnostics liés au cannabis, alors qu’il n’y a eu aucun changement significatif dans les diagnostics liés à d’autres drogues ou à l’alcool. Il y a eu une diminution non significative de 20 % des diagnostics liés à l’alcool pendant la période pandémique.

L’analyse des séries chronologiques de l’étude, qui tenait compte de la saisonnalité et de l’autocorrélation, a confirmé ces tendances et a montré qu’une réglementation plus stricte du cannabis au Québec a influencé l’augmentation des diagnostics liés au cannabis chez les femmes enceintes.

Conclusions

L’étude conclut que la prévalence des troubles liés au cannabis chez les femmes enceintes au Québec a augmenté de manière significative après l’entrée en vigueur du CAC. Dans le même temps, les diagnostics liés aux autres drogues et à l’alcool sont restés stables, avec une légère baisse non significative des troubles liés à l’alcool pendant la pandémie.

Ces résultats concordent avec des recherches antérieures indiquant une augmentation des problèmes de santé liés au cannabis suite à la légalisation, mais soulignent l’impact significatif sur les femmes enceintes au Québec comparativement à d’autres régions comme l’Ontario, où une augmentation plus importante a été observée.

Les points forts de l’étude comprennent l’utilisation d’un vaste ensemble de données représentatif du CIQDSS et son approche statistique rigoureuse. Cependant, les limites incluent un biais potentiel de classification erronée, une sous-déclaration et l’absence d’un groupe témoin, sur lesquels les recherches futures devraient s’attaquer.

L’étude souligne la nécessité d’un dépistage complet et de conseils ciblés pour les femmes enceintes ayant des antécédents de consommation de cannabis.

Les implications de ces résultats suggèrent qu’une réglementation plus stricte au Québec pourrait influencer les tendances observées et qu’il est nécessaire d’intensifier les efforts de santé publique, y compris les avertissements de grossesse obligatoires sur les emballages de cannabis.

Les recherches futures devraient examiner les impacts plus larges de la législation, y compris les résultats sur la santé non liés aux substances, et prendre en compte les données à plus long terme pour mieux comprendre les tendances et leurs implications pour la politique de santé publique.

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